Cégeste et la parole

Un rien de vie...

26 septembre 2007

Cinema humanum est

Comme tout bon assimilé fonctionnaire qui va se faire virer en mai prochain  contractuel de la fonction publique d'état, j'ai, s'insurgent mes amis, beaucoup de vacances. Moi, je trouve que j'ai à peine juste ce qu'il faut pour pouvoir se remettre des heures passées au milieu d'un bon nombre de dégénérés dont on paye l'alcoolisme, ou tout autre tare, des fortunes. Non je ne généralise pas, je pointe seulement sur des cas qui se répètent, admettons, vous et moi, qu'il y a une petite différence.
Profitant cette semaine de ma liberté "congés-payés-ARTT-esque" je me dois d'occuper mes journées en dépensant le moins d'argent possible. Donc, je vais au cinéma (carte UGC - merci mon dieu- mon amour). Ainsi, depuis samedi dernier je suis allé voir trois films et j'ai donc rentabilisé ladite carte haut la main. Mais la rentabilité pécuniaire n'étant pas tout, la rentabilité émotive et intellectuelle fut encore bien plus grande. J'ai passé des moments fantastiques au cinéma grâce notamment à deux films.

 

astreeMais tout d'abord, parlons du premier film visionné : Les Amours d'Astrée et de Céladon de Eric  Rohmer. Bien entendu, ce film, pour l'époque que nous vivons démarre avec un sérieux handicap : il adapte un livre du 17ème siècle (L'Astrée d'Honoré d'Urfé, 1557-1625), œuvre de 5 000 pages, parlant de l'amour et, tenez-vous bien, de l'amour à l'époque des gaulois ! Alors, déjà, l'amour tel que l'envisageait le 17ème siècle peut paraître difficilement envisageable et compréhensible pour nos cerveaux du 21ème siècle (je parle surtout du cerveau des plus jeunes à faible sensibilité), mais pire, l'amour dans l'esprit d'un homme du 17ème siècle qui l'applique à des Gaulois tels qu'il se les imaginait, c'est à dire "promenons-nous dans les bois tralala" (pour faire un raccourci synthétique), cela complexifie la tâche du spectateur pour réussir à adhérer quelque peu au propos. Pour résumer, je pense que la dinde qui n'arrêtait pas de pouffer deux sièges à ma droite est passée à côté de toutes ces subtilités qui lui auraient permises de s'imprégner un chouille pour ne pas trouver ridicule l'ambiance de minauderies récurrente. En effet, il faut dire que Rohmer a respecté tout cela à la lettre et y a ajouté sa couche personnelle...

Pour ma part, autant j'ai été déçu par le jeu de l'actrice principale, autant j'ai été bluffé par celui d'Andy Gillet, même si, je vous l'accorde, il vaut mieux fermer les yeux pour ne pas être influencé par son physique fort avenant. En tout cas, sa voix sonne juste, les intonations tombent où il faut dans le phrasé, il chante plutôt bien et fait la fille à ravir ! Par ailleurs, la scène ou Céladon (travesti en la fille du druide) enlève les nœuds des cheveux d'Astrée est d'une beauté et d'une sensualité remarquable.

Les deux films qui m'ont procuré le bonheur dont je vous entretenais au début de ce texte sont : Mon frère est fils unique de Daniele Luchetti et Caramel de Nadine Labaki.

frereTrès clairement, le cinéma italien me touche énormément. Que ce soit Respiro de Emanuele Crialese ou Nos meilleures années de Marco Tullio Giordana et d'autres qui ne me reviennent pas à l'esprit. A chaque fois je suis bouleversé. C'est l'humain qui explose et s'expose dans ces films : les relations familiale, la séparation compte-tenu des choix individuels, la confrontation qui en découle, la vie qui en résulte. Dans Mon frère est fils unique, nous suivons le parcours de deux frères. L'un est  tellement un teigne que s'en est devenu son surnom, et l'autre n'en est pas une, mais n'est pas beaucoup plus recommandable dans sa façon d'agir. Quand l'un prend sa carte au parti fasciste, l'autre s'engage dans le communiste. Tous les séparent et pourtant tous les attachent l'un à l'autre et en tout premier lieu le lien familiale. Par ailleurs, il m'a semblé décelé dans le propos du réalisateur l'idée que le communisme et surtout le mouvement des brigades rouges qui en a résulté en Italie était en fin de compte que le fascisme des années 1970. Ma phrase fera peut-être sursauter plus d'un, mais allez voir le film et vous comprendrez vraiment ce que je veux dire.

caramCaramel est d'un tout autre genre, tout en traitant sous d'autres angles l'humain, le rapport à l'autre, à sa solitude, ses difficultés... Bref ce qui fait que l'on est homme ou femme. C'est à la fois le renoncement (pour Tante rose la couturière, pour Layale), la libération de son désir (pour la femme aux cheveux longs), le non-dit (pour Nisrine, si je me souviens bien, dont le personnage diffuse une homosexualité réprimée) ou le poids de la tradition (pour Rima). Curieusement, les hommes qui sont à l'écran sont timides, n'osant avouer leur amour ou l'exprimant avec délicatesse. Ce film est un pur diamant dont la concision et l'éclat qui en émane vous arrache toute une palette de sentiments. C'est beau tout simplement.

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28 janvier 2007

Un silence assourdissant

Ce dimanche soir, après une journée de travail, je décide d'aller voir ce documentaire dont parle la presse du fait de son succès imprévu : "Le Grand silence". En ce qui me concerne j'ai de suite été emballé. Non pas que j'aime habituellement me farcir des documentaires longs, lents et muets, il y a bien longtemps que je ne regarde plus Arte (je sais, c'est pas bien, nanana... on s'en contre-fourre le doigt dans l'oeil jusqu'au cervelet). Ce qui m'attire, parce que cela me questionne, c'est le sujet du film : la vie quotidienne des moines Chartreux ; des moines tout court d'ailleurs, mais là il se trouve qu'ils sont du monastère de la Chartreuse et que je connais parce que j'y allais (en Chartreuse, pas au monastère) quand j'étais minot. Je suis toujours impressionné par ceux qui sont capables de choses avec lesquelles je suis totalement incompatible. Est-ce de l'envie, de l'admiration, je ne sais. Quoiqu'il en soit, j'allais d'un pas calme et décidé au cinéma l'Arlequin pour en prendre plein l'âme et aussi les mirettes, parce que le désert de la Chartreuse, c'est super beau.

Bon j'arrive et déjà c'est l'affluence. Une queue comme pour Star Wars mais ramenée aux dimensions d'un documentaire quand même, soit environ 10 mètres (ce qui est tout de même pas mal). Deux bonnes soeurs, des personnes à mobilité réduite (des vieilles donc) et aussi des djeuns - mais de bonne famille, parce que faut pas déconner non mais quand même alors hein quoi !!! Pas de bousculade pour rentrer - tiens ça change de l'UGC où même les vieux te marchent dessus pour être bien placés. Me v'la donc assis presque confortablement (y a une vieille et son machin qui sont venus se coller à mon fauteuil) et prêt à 2h42 de... silence ou presque.

La bande annonce sur Allociné

Tout d'abord, une image fixe, en gros plan et en gros grain d'un visage de profil et penché vers l'avant. C'est à une prière que nous sommes invités, Fil conducteur de l'ensemble du film comme de l'ensemble de la vie du moine. Mais c'est aussi l'introspection qui sourd, la réflexion. Un repliement sur soi pour mieux s'ouvrir à l'autre. Dans leur cas, s'ouvrir au Christ et à Dieu ; dans le notre, s'ouvrir à ceux qui nous entourent.

Et bizarrement, c'est également dans ce sens que l'on peut appréhender l'excellent Shortbus.


Dans ce cas là, il s'agit aussi de s'ouvrir et s'offrir aux autres et non plus seulement à l'Autre. Le moyens est juste différent. Si d'un côté, c'est par l'introspection, la prière et la réflexion, de l'autre c'est par l'extériorisation, l'explosion et l'acceptation de soi.

Je sais, ma démarche est hautement équilibriste et pour certains paraîtra blasphématoire. Qu'importe, les serrés d'esprit ne m'intéressent pas. Mais si le coeur vous en dit, donnez moi votre avis (avec respect, cela va de soi), cela m'intéresse.

http://www.legrandsilence-lefilm.com/

http://www.shortbus-lefilm.com/

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03 novembre 2006

Un midi aux Tuileries

Vous me direz : "encore de l'art !"  bah vi, désolé mais en ce moment c'est la FIAC à Paris. Mais si ! la Fiac (à prononcer comme si une grosse goutte d'eau vous tombait dessus d'une corniches) : la Foire Internationaledrapeaux de l'Art Contemporain. Cette année, elle se trouve dans deux hauts lieux parisiens de l'art : le Grand Palais et le Louvre. Top prestige. Bon, perso je n'y suis jamais allé. Je ne sais pas trop pourquoi en fait. Je pense que c'est un lieu qui concerne plus les collectionneurs, les marchands d'art et les artistes. Comme je ne suis d'aucune de ces charmantes professions, je fais l'impasse. Quoiqu'il en soit, je me baladais, un jour de cette semaine, dans le beau jardin des Tuileries. Tout à coup, se profilent devant  moi deux rangées de drapeaux de plusieurs pays ayant la particularité d'être en noir et blanc. Je m'interroge : qu'est-ce que c'est ? Pourquoi c'est là ? De suite je sors mon nouveau joujou qui me permet de faire toutes les photos que je vous propose (mon tel portable sony-ericcson k800i hiiiiii !), j'adore faire des photos. Je vise, dos au soleil et hop ! Les drapeaux qui flottent en haut des mats et zèbrent le bleu magnifique et incongru du ciel parisien de ce mcolliersois de novembre 2006 sont dans la boite. Je cours vers le cartel afin d'en savoir plus et je vois que c'est en rapport avec la FIAC. Par contre je ne peux pas vous en dire plus, car je n'ai pas noté le nom de l'artiste. Bon très bien. Je continue donc mon petit périple et levant la tête je distingue quelques colliers de perles de verre coloré ou non qui ornent les branches d'un arbre. On reconnaît la patte de Jean-Michel Othoniel qui aime à parer la nature de ces joyaux bigarrés. Mais tout de même, la masterpiece de cette exposition en plein air reste le sous-marin qui a élu domicile dans la fontaine où habituellement les enfants, depuis Proust et encore bien avant lui, ont l'habitude de faire naviguer dessous_marin petits bateaux à voile en les poussant avec un bâton en bois. Les Russes ont finalement débarqués dans la capitale et le font savoir en chanson. En effet, de temps en temps, des antennes et radars sortent du sous-marin pendant qu'un chant russe est entonné par des voix mâles et viriles. Très amusant je trouve. Moi j'aime quand l'art est ludique et en mouvement. C'est très clairement plus agréable. Il n'en reste pas moins que pour certains, que cela bouge, que cela fasse du bruit et donne des couleurs dans un paysage bouleversé par la présence de l'oeuvre, cela ne changera pas le fait que cela puisse aussi faire baîller. N'est-ce pas monsieur ?

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02 novembre 2006

Le MAC/VAL c'est de la balle

entree_MACVALSamedi 28 octobre, je me suis retrouvé au Musée d'art contemporain du Val de Marne (le MAC/VAL). En parisien indécrottable, je m'imaginais faire un périple ulysséen pour accéder à ce musée de la banlieue parisienne. Que nenni ! une fois arrrivé métro Porte de Choisy, un bus (le 183) vous dépose en 15 minutes devant l'entrée du musée. Le bâtiment, selon mes critères bien sûr, est plutôt une réussite visuellement. Des lignes pures, beaucoup d'ouvertures sur l'extérieur et donc l'intérieur : les portesfenetres_macval vitrées de l'entrée sont immenses. Ce qui frappe, une fois dans le musée, c'est l'espace. Les salles sont grandes et épurées. Il en est ainsi du grand hall où se trouve l'accueil et la librairie et qui donne de l'autre côté de l'entrée sur un jardin qui malheureusement n'est semble-t-il pas accessible, en tout cas ce jour là. Donc, à peine rentré, on se retrouve par le regard à nouveau au dehors. Je n'ai pas de photo pour cette impression là, il faudra donc aller l'expérimenter vous-même sur place. La visite commence par la pièce qui dessert les collections permanentes et les salles des expositions temporaires. Dans cet espace, Felice VariniVarini_colonne propose une oeuvre qui a été spécialement faite pour le MAC/VAL : "Trois cercles désaxés" (2005). C'est une oeuvre qui demande que le spectateur soit acteur et se place dans le bon axe pour voir les trois cercles. D'un premier abord, on ne voit que des courbes rouges, sur une colonne, une passerelle, un mur extérieur.... dans une pièce presque totalement vide. Alors on se déplace, sur la droite, sur la gauche, en avant ou en arrière. On ne comprend pas tout de suite de quoi il s'agit, donc on s'agite. Et puis on chauffe. Petit à petit on recule afin de faire coïncider les cercles, pour relier les courbes entre elles. Seulement, on a beau faire, elles ne veulent pas se joindre. Pourtant ! Et puis d'un seul coup, notre cerveau se dit qu'il faut ajouter un autre type de  déplacement : la hauteur. La clé du mystère réside dans la taille de l'artiste : 1m62 ! Moi avec mes 1m76 j'étais mal. Alors on se met à plier les genoux pour atteindre la bonne hauteuvarini_cercles_entiersr et donc le bon point de vue. Comme par magie, les lignes s'embrassent à nouveau et les trois cercles apparaissent. C'est magique. Je vous laisse imaginer comment il a réalisé celà et aller sur place pour bien faire jointer les cercles en pliant les genoux ou en vous mettant sur la pointe des pieds ! Nombreuses sont les oeuvres à avoir retenu mon attention. Et nul n'est besoin de s'y connaître en art contemporain pour s'amuser. Nombre de ces oeuvres sont ludiques ou visuellement attirantes. L'une se trouve dans l'actuelle exposition temporaire : ZPC (Zone de Productivité Concertées) qui vise à "parler d'économie sans en avoir l'air". Il s'agit d'une oeuvre de l'artiste Sheena Macrae avec lsheena_macraeaquelle je me suis mis en rapport visuellement, et où je me perds dans un infini qui dure 7 minutes. Bref, la visite continue par l'exposition permanente, permanente sur un an en fait. Bientôt va prendre fin l'exposition du "Parcours#1" du MAC/VAL (si comme moi vous aimez Soulage, courez-y vite avant que son tableau ne soit décroché). L'idée c'est de créer des parcours de visite qui ont une durée de vie d'un an, en piochant dans l'immense collection construite, pour le département du Val de Marne, par Raoul-JeanSkoda_Kora1996 Moulin depuis 1982. C'est donc par une oeuvre de Vladimir Skoda : "Kora, 1996" que commence ce parcours. une oeuvre où je me reflète, ainsi que la boule du pendule (hommage à celui de Foucault) qui lui permet d'introduire à partir de 1995 le mouvement dans ses oeuvres. Me voici donc pour un petit instant à jouer à apparaître et disparaître dans le miroir concave. Vient ensuite un voyage à travers d'immenses spaghetti oranges qui font le bonheur des enfants. Il s'agit là d'une oeuvre de l'artiste Jesus Rafael Jesus_Rafael_Soto_penetrableSoto.  Avec ses "Pénétrables" il invite le spectateur à une expérience physique de l'espace et du mouvement en l'invitant à entrer dans l'oeuvre. "Pénétrable Jaune, 1999", exposé au MAC/VAL, fait partie de ce travail commencé en 1967.  Bref, ce n'étaient que quelques exemples de ce qui vous attend si vous vous rendez au MAC/VAL : de la découverte, de l'amusement, une nouvelle façon d'appréhender l'art et degraph_perelachaise le comprendre. Et peut être que comme moi, croyant que la session culturelle et artistique de la journée se termine en quittant le musée, vous serez surpris en tombant sur un autre style d'oeuvre contemporaine (pour peu que cela soit bien fait), qui pour d'autres regards s'appelle détérioration, bien plus proche et plus quotidienne.

http://www.macval.fr/

Posté par cegeste à 10:21 - Les balades artistiques - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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